Mandat d’arrêt contre G. Soro : Et si la raison l’emportait sur la passion ?

  • 12 août 2016 à 0 h 07 min #292
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    La fin de la transition a été surtout marqué par la détérioration des relations entre le Burkina-Faso et la Côte-d’Ivoire. Pour cause, le lancement d’un mandat d’arrêt contre le dauphin constitutionnel d’un pays frère et ami.

    Passion ou raison ?

    Nous avons tous en mémoire le coup d’Etat du RSP. La résistance du peuple du Burkina ayant eu raison du coup, Zida est libéré, reprend fonction et nous assistons alors à une répression des plus aveugles : Il fallait tirer profit au plus vite du capital de sympathie du peuple.
    Zida est d’abord présenté comme le sauveur de la révolution et le tombeur du RSP, lui qui pourtant, comme un poulet avait été pris et fait prisonnier.
    Des gens sont ensuite arrêtés et emprisonnés pour avoir simplement refuser de condamner le coup d’Etat ! Liberté d’expression et de pensé dirais-je.
    On assiste pour finir à l’apparition comme par magie d’enregistrements dits « compromettants ». La bande sonore, proviendrait d’une table d’écoute acquise sous l’initiative du PM d’alors. Curieusement, la table d’écoute qui n’avait pas permis de prévenir le coup d’état, allait se montrer utile à démasquer les comploteurs après coup ! Pour ceux qui ont écouté les fameux enregistrements, il n’y a pas vraiment grand-chose – c’est mon humble avis – ! Nous entendons deux interlocuteurs qui discutent stratégie ; peut-être de guerre, mais il s’agit là d’une grosse supposition, parce que l’enregistrement ne situe pas vraiment le contexte ! Personnellement, je ne connais pas les voix, alors je ne peux les authentifier. Mais même en supposant qu’il s’agit bien de Soro et Bassolé, en supposant aussi qu’ils discutent du coup d’Etat, qui a déjà eu lieu, on pourrait conclure qu’il discute de tactiques ou pour venir à bout de la résistance, ou pour faire de la résistance. Ceux qui comme moi ont activement appelé à la résistance reconnaîtrons aussi la tactique : disperser l’adversaire pour l’affaiblir – « on allume là, on va allumer la bas », etc .. -! Ce n’est donc pas une tactique que le RSP aurait souhaité appliquer, parce qu’alors cela les rendait plus vulnérables. On n’a pas besoin d’être sorti d’une école de guerre pour comprendre cela.
    Il s’avère donc :
    D’une part, pour emprunter l’expression à un ami, il n’y a pas de quoi fouetter un chat à partir de ces enregistrements ! En fait, si mes propres communications avaient été interceptées, elles donneraient une impression similaire.
    Notons au passage, la vitesse fulgurante avec laquelle des « progrès » et des arrestations ont été effectués dans ce dossier du putsch, pendant que celui de la révolution des 30 et 31 Octobre piétinait encore. On comprend mieux, à la lueur des fuites que certains média ont déjà publié !
    D’autre part, même en supposant le pire, il reste tout de même le fait que l’un des interlocuteurs n’est pas n’importe qui ! Il s’agit d’un parlementaire qui jouit d’une certaine immunité parlementaire chez lui. Il s’agit de la deuxième personnalité d’un état voisin !
    La prudence se veut de rigueur en pareil cas, et les intérêts supérieurs de notre nation sont ceux qui prévalent avant tout autres. Quels sont donc ces intérêts ?

    Des intérêts du Burkina

    Les états n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts, nous dit C. de Gaulle. Où se trouve l’intérêt du Burkina-Faso dans cette affaire des enregistrements dont ni la légalité ni l’authenticité, ni même la provenance n’ont encore été démontré ?

    La Côte-d’Ivoire est le premier partenaire économique du Burkina-Faso. Plus de 20% de nos importations viennent de Côte-d’Ivoire. Certains économistes estiment que plus de 50% des ménages ayant des transferts de fonds bénéficie d’un transfert provenant de la Côte-d’Ivoire. Presque un tiers (1/3) des ménages du Burkina qui bénéficie de transferts.
    La Côte-d’Ivoire représente aussi le pays d’immigration par excellence des Burkinabè. Plus de 4 millions de nos compatriotes y vivent. Dans certaines régions du Burkina, aller travailler en Côte d’Ivoire est une partie intégrale du rite de passage à l’âge adulte !
    Des études ont été faites sur la récente crise ivoirienne et ses effets économiques sur le Burkina-Faso. Elles sont toutes d’avis que la crise ivoirienne a eu un impact très négatif sur le Burkina-Faso.
    La Côte-d’Ivoire est l’économie qui contribue le plus à notre monnaie commune, le CFA. Ce n’est pas pour rien que le gouverneur de la banque centrale doit être ivoirien selon les textes.
    Il faut se rappeler avec humilité que le colon dont l’objectif principale était l’exploitation de nos ressources, avait trouvé la colonie de Haute Volta, pas économiquement viable et l’avait donc divisé entre la Côte-d’Ivoire, Le Soudan et le Niger ! Le Burkina n’est pas un pays nanti ! Nos intérêts passent par ceux de la Côte-d’Ivoire !
    « FRAGILE », l’étiquette à mettre sur tout ce qui touche à la Côte-d’Ivoire, au Burkina-Faso.
    Il ne serait pas exagéré de parler d’une relation symbiotique.
    Ainsi donc, que les Mossis et les Dagara viennent du Ghana, on s’en fou ! Que les bonzes du FPI se soient refugiés au Ghana, ce n’est pas notre affaire !
    Que la symbiose avec la Côte-d’Ivoire soit menacée, nous nous devons d’y prêter attention sinon…
    Zida était donc-t-il dans son rôle de premier ministre lorsqu’il lançait un mandat d’arrêt contre le dauphin constitutionnel de la Côte-d’Ivoire ? Les intérêts du Burkina, qui du reste avait déjà eu raison du coup d’Etat sont-ils servis par ce mandat ?
    Le pire pourrait-il advenir de cet acte ? Franchement, je ne sais pas. Mieux encore, je n’ai pas envie de risquer de savoir ! Ce que je sais, c’est que la dernière fois que cela est arrivé, ce n’était pas beau à voir : abus en tous genres, expulsions, spoliations, expropriations, etc.
    Zida était-il au courant de ce scénario du pire ? Pourquoi était-il prêt à le risquer, au moment même ou il se nommait ambassadeur aux USA ?

    Conclusion
    Dans cette affaire, il nous faut savoir résister à l’intégrisme – pour emprunter le terme a C. Dabiré – qui voudrait que nous poursuivions, peu importe le prix. Il nous faut éviter de donner raison à Senghor qui pensait que « L’émotion est nègre, comme la raison est hellène » : Il y a 4 millions de Burkinabè en Côte d’Ivoire, et alors, c’est 4 millions de raisons de « ménager » la Côte-d’Ivoire !

    Koudraogo Ouedraogo
    Blog : http://burkinnafache2015.wordpress.com
    Membre, Faso 2020 : http://faso2020.org

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